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jeudi 23 juin 2011

"L'autre" Autocritique


Qu’est-ce qui ne va pas sur Terre?
C’est le chat dit la souris
C’est le lion dit la gazelle
C’est le loup dit l’agneau
C’est l’homme dit l’homme.

Jean-Pierre Develle

Sévère mais juste.




Je suis sévère mais je suis juste !
Hier soir, je rentre chez moi… qu’est-ce que j’apprends !
Que le chat avait mangé la pâtée du chien !
Dehors le chat !
Là-dessus, qu’est-ce que j’apprends !
Que le chien avait mangé la côtelette de ma femme !
Dehors le chien !
Là-dessus, qu’est-ce que j’apprends !
Que ma femme avait mangé mon bifteck !
Dehors ma femme !
Là-dessus, qu’est-ce que je découvre !
Que le lait que j’avais bu ce matin était celui du chat !
Alors, j’ai fait rentrer tout le monde et je suis sorti…
Sévère mais juste !

Raymond Devos – « Matière à rire »

mardi 21 juin 2011

Visite




Par une belle nuit d'hiver,
Trois petits hommes verts
Sont arrivés dans leur soucoupe.

Ils ont fait trois fois le tour de la Terre
Dans le temps d'un éclair,
Et puis ont atterri
Au beau milieu d'une prairie.

Ils ont fait trois fois le tour du pré,
Pour s'habituer à respirer
Et puis ont avancé
Vers le village d'à-côté.

Ils ont fait trois fois le tour de l'église,
Pour une fusée l'ont prise,
Et puis ont réveillé
Les habitants qui dormaient.

Ils ont fait trois fois le tour des humains
Qui claquaient des dents, tremblaient des mains,
Et puis se sont adressés au maire
Tantôt en prose, tantôt en vers.

Ils ont répété trois fois qu'ils ne font que revenir
Sur cette terre, d'où ils partirent,
Il n'y a pas si longtemps,
A peine cent mille ans.

Ils ont redit trois fois qu'il y a dans l'univers
Des milliers de planètes sans haine et sans guerre,
Des mondes heureux et libres
Où il fait très bon vivre,
Et que les gens de par ici
Sont vraiment leur seul souci.

Et les gens du village,
Glacés, troublés, perdus,
Sont alors devenus
Les premiers hommes sages.

Robert Gélis ("Poèmes à tu et à toi")

lundi 6 juin 2011

Ton voisin est étranger


Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine
Ta pizza est italienne
Ta démocratie est grecque
Ta voiture est japonaise
Ta télé est coréenne
Tes fringues sont chinoises
Ton hamburger est allemand
Ton thé est indien
Ton café est brésilien
Ta choucroute est chinoise
Ton chocolat est suisse
Ton coca est américain
Tes frites sont belges
Tes vacances sont espagnoles
Ton sucre est martiniquais
Et tu reproches à ton voisin d'être un étranger !


d’après Julos Beaucarne et Marina Missier

vendredi 27 mai 2011

Portrait de l’autre














L’Autre :

Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …
L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …
L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …
L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…

Puisque, pour Lui, l’AUTRE
C’est Toi

Robert Gélis ("Poèmes à tu et à toi")

vendredi 20 mai 2011

La différence

Pour chacun une bouche deux yeux
deux mains deux jambes
Rien ne ressemble plus à un homme
qu'un autre homme

Alors

entre la bouche qui blesse
et la bouche qui console
entre les yeux qui condamnent
et les yeux qui éclairent
entre les mains qui donnent
et les mains qui dépouillent
entre les pas sans trace
et les pas qui nous guident
où est la différence
la mystérieuse différence ?


Jean-Pierre Siméon ("La Nuit Respire" - - éditions Cheyne, 2003)

Fais voir le Son


Que ta peau soit du café au lait
Chocolat du beurre ou du pain frais
Quelle que soit la couleur elle est pareille
Quand on regarde avec les oreilles
Tout dépend de l'endroit où tu tapes
Du coin de ta peau où tu frappes

Refrain:
Fais voir le son de tes cuisses
Fais voir le son de ton ventre
Fais voir le son de tes côtes
Fais voir le son de tes joues
Bien tendu ou tout mou
Bien tendu ou tout mou

Pomme rouge, citron, mandarine
Teint rosé, violacé, petite mine
Toutes les peaux de la Terre se ressemblent
Au micro, sur un disque ou une bande
Sur ton corps tu pourras l'écouter
Si ton oreille sait regarder

Refrain

Chair de poule, taches de rousseur
Peau qui pique, peau de pêche ou de fleur
Bronzée en juin ou pâle en décembre
La couleur est pareille à entendre
Que tu viennes du froid ou du chaud
Voici le son de la couleur de ta peau

Refrain

Que tu viennes du froid ou du chaud
Voici le son de la couleur de ta peau

Steve Waring


Écoute la chanson : ici

vendredi 25 mars 2011

La bavarde

Ell'gigote
Ell'zozote

Babille babillant
Elle a trois ans.


Ell'papote
Ell'parlote
Jacasse jacassant
Elle a treize ans.


Ell'jabote
Ell'marmotte
Bavarde bavardant
Elle a trente ans.


Ell'radote
Ell'tricote
Bredouille bredouillant
Elle a cent ans.

Anne Froissard

vendredi 18 mars 2011

Rondeau de la guerre de Cent Ans

Vous partez, chevalier, pourquoi ?
« Mais, pour la guerre de Cent Ans ! »
Ca vous fera bien cent vingt mois
Sans retourner en Vendômois
Où votre épouse vous attend

Elle vous attend sans émoi
Ecartant tous ses prétendants
Filant, jouant au jeu de l’oie
Vous partez, chevalier, pourquoi ?

Les années passent, il fait froid
Votre épouse a les cheveux blancs
Ses os brinquebalent, sa voix
Se casse, toujours elle attend
Mais pourquoi, chevalier, pourquoi ?


Jacques Roubaud

mardi 15 mars 2011

Pot-pourri élémentaire - période 3

De mon stylo à bille
Je dessine la belle

Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

Il se tape sur la tête
Boum
Il se retape sur la tête
Boum boum

Il ôte ses souliers
S’approche de l’armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau

Oui, mais voilà
Son ventre enfla

La vache
Il a foutu le camp

Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

Tiens en voilà justement un qui passe
Petit petit petit
viens ici que je t’enfile
sur le fil du collier de mes autres poèmes
viens ici que je t’entube
dans le comprimé de mes œuvres complètes
viens ici que je t’enpapouète
et queje t’enrime
et que je t’enrythme
et que je t’enlyre
et que je t’enpégase
et que je t’enverse
et que je t’enprose

la vache
il a foutu le camp !

Raymond Queneau (Pour un art poétique 1948)

vendredi 28 janvier 2011

Le clou du spectacle




Il se tape sur la tête

boum

Il se retape sur la tête

boum boum

il se retape sur la retête

boum boum boum


et dans le sol
il disparaît

c’est vrai
c’est pas vrai

pour qu’on se marre tôt

hi ! ha ! ho !

il faut enfoncer le clown
dans la sciure du chapiteau

et lui tirer son chapeau


Gérard Bialestowski

mercredi 19 janvier 2011

L’heure du crime

Minuit. Voici l’heure du crime.
Sortant d’une chambre voisine.
Un homme surgit dans le noir.
Il ôte ses souliers,
S’approche de l’armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau
Dont l’acier luit, bien aiguisé.

Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d’un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur de l’artichaut.

Maurice Carême

lundi 17 janvier 2011

Overdose


Un lapin finlandais
Pas très beau, mais qu’importe,
Renversa plein de lait
Sur le pas de sa porte.












Embarras,
Réflexion,
Eurêka,
Solution :
Lapons le lait,
Se dit le laid
Lapin lapon.

Oui, mais voilà,
Son ventre enfla
Et l’on dut vite
L’opérer de
Lapindicite.

Michel Deville

vendredi 7 janvier 2011

Bonne année 2011 !

Bon anénuphar ! dit la grenouille à ses copines de la mare

Buvons un coup, ma serpette est perdue,
Mais le manche, mais le manche,
Buvons un coup, ma serpette est perdue,
Mais le manche est revenu

Bonne ânerie ! dit le farceur à tout bout de champ

Bava zaka ma sarpata parda
Ma la macha ma la macha
Bava zaka ma sarpata parda
Ma la macha a ravana

Bon anniversaire ! dit l’étourdi à sa chérie

Bivi ziki mi sirpiti pirdi
Mi li michi mi li michi
Bivi ziki mi sirpiti pirdi
Mi li michi i rivini

Bonnet de laine ! dit le frileux à sa grand-mère

Bovo zoko mo sorpoto pordo
Mo lo mocho mo lo mocho
Bovo zoko mo sorpoto pordo
Mo lo mocho o rovono

Ban…anier ! dit le singe à toute la famille

Buvu zuku mu surputu purdu
Mu lu muchu mu lu muchu
Buvu zuku mu surputu purdu
Mu lu muchu ruvunu

Marie Aubinais
Extrait de Poésies fantaisies

Écouter la chanson BIP : ici

jeudi 16 décembre 2010

Une histoire de Peau d’Âne








Il était une fois…
…un roi très puissant et très riche.

Il avait la chance d’avoir un âne qui donnait de l’or au lieu de crottin.
Un jour, son épouse mourut et pour la remplacer, il ne trouva d’aussi belle femme que sa propre fille.
Celle-ci eut si peur, qu’elle se réfugia chez sa marraine la fée Lilas.
Pour échapper à ce mariage maudit, elle exprimait envers son père des désirs apparemment impossibles à satisfaire. Mais à chaque fois, son père les réalisait. Aussi elle finit par lui demander la peau de l’âne qui assurait sa fortune.
Contre toute attente, le roi abattit l’âne et offrit la peau à sa fille.
Effondrée, la princesse alla se cacher sous sa peau d’âne et trouva du travail chez une fermière.
Un jeune prince, qui passait par là, la remarqua et en tomba éperdument amoureux.
Malade d’amour, il réclama un gâteau fait par Peau d’Âne pour guérir.
Peau d’Âne accepta, mais en faisant sa galette, elle fit tomber son anneau dans la pâte.
En mangeant, le prince trouva l’anneau. Il décida alors que sa future épouse serait celle qui pourrait glisser à son doigt la bague trouvée dans la galette. Toutes les femmes à marier du royaume essayèrent l’anneau, mais seule Peau d’Âne put l’enfiler.
Quelques jours plus tard, le roi était très heureux de marier sa fille au jeune prince.

Résumé de la BIP …d’après le conte de Charles Perrault


Lire le texte complet : Peau d'Âne
(1694)

vendredi 3 décembre 2010

La Barbe bleue




Un homme nommé la Barbe bleue dégoûte les femmes : il a une barbe bleue qui le rend laid et terrible et de surcroît il a déjà épousé plusieurs femmes, et on ne sait pas ce qu'elles sont devenues. Il propose à une voisine d'épouser une de ses deux filles, mais aucune des deux ne le souhaite. Finalement,l`une d`elles accepte.

Un mois après les noces, la Barbe bleue doit partir en voyage. Il confie à sa jeune épouse un trousseau de clefs ouvrant toutes les portes du château, mais il y a une petite pièce où elle ne doit entrer sous aucun prétexte. Curieuse, elle pénètre dans cette pièce et elle y découvre tous les corps des précédentes épouses, accrochés au mur. Effrayée, elle laisse tomber la clef, qui se tache de sang. Elle essaye d'effacer la tache, mais le sang ne disparaît pas.

La Barbe bleue revient en avance. Furieux d'avoir été trahi, il s'apprête à égorger sa femme, comme les précédentes. Comme elle attend la visite de ses deux frères, elle le suppliât de lui laisser assez de temps pour prier. Il lui donne un quart d'heure et elle monte dans une tour, avec sa sœur, Anne, laquelle monte sur une partie élevée d'où elle cherche à voir si leurs frères, qui devaient les rendre visite ce jour-là, arrivent. La femme demande à la sœur à plusieurs reprises si elle les voit arriver, mais elle répète qu'elle ne voit que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. La Barbe bleue crie qu'il va monter pour la tuer. Finalement elles voient les frères approcher.

La Barbe bleue est sur le point de tuer sa femme avec un coutelas, et la tient par ses cheveux, quand les frères arrivent, et le tuent à coups d'épée. Elle hérite de tout, aide sa sœur à se marier et ses frères à avancer dans leurs carrières militaires, et lui-même elle épouse un honnête homme qui la rend heureuse.

Charles Perrault


La Barbe bleue est un conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1697 dans Les Contes de ma mère l'Oye. C'est également le nom du personnage central du récit.

  • Écouter le conte en cliquant ici
  • Lire la version complète : ici


LA PRINCESSE AU PETIT POIS


Il y avait une fois…
Un prince qui voulait épouser une princesse véritable.
Il fit donc le tour du monde pour en trouver une.
Et, à la vérité, les princesses ne manquaient pas, mais il ne pouvait jamais s’assurer si c’étaient de véritables princesses.
Toujours quelque chose en elles lui paraissait suspect.
En conséquence, il revint bien affligé de n’avoir pas trouvé ce qu’il désirait.
Un soir, il faisait un temps horrible, les éclairs se croisaient, le tonnerre grondait, la pluie tombait à torrent ; c’était épouvantable !
Quelqu’un frappa à la porte du château, et le vieux roi s’empressa d’ouvrir.
C’était une princesse. Mais grand Dieu ! L’eau ruisselait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par le nez de ses souliers, et sortait par le talon.
Néanmoins, elle se donna pour une véritable princesse.
« C’est ce que nous saurons bientôt ! » pensa la vieille reine.
Puis, sans rien dire, elle entra dans la chambre à coucher, et mit un pois au fond du lit. Ensuite, elle prit vingt matelas, et encore vingt édredons qu’elle entassa par –dessus.
La princesse se coucha.
Le lendemain matin, on lui demanda comment elle avait passé la nuit.
« Bien mal ! répondit –elle ; à peine si j’ai fermé les yeux de toute la nuit ! Dieu sait ce qu’il y avait dans le lit, c’était quelque chose de dur qui m’a rendu la peau toute violette. Quel supplice ! »
À cette réponse, on reconnut que c’était une véritable princesse, puisqu’elle avait senti un petit pois à travers vingt matelas et vingt édredons.
Quelle femme sinon une princesse, pouvait avoir la peau si délicate ?
Le prince, bien convaincu que c’était une véritable princesse, l’épousa.
Et le pois fut placé dans le musée, où il doit se trouver encore, à moins qu’un amateur ne l’ait dérobé.
Voilà une histoire aussi véritable que la princesse !

Un conte de Hans Christian Andersen, adapté par Delphine Grenier d’après la traduction de David Soldi.

vendredi 12 novembre 2010

Sept

Sept

Sept jours, sept nuits par semaine,
La faim nous mord sans arrêt.
C’est la pauvreté qui mène
Sept enfants dans la forêt.
Je suis le dernier. J’égrène
Quelques miettes de ma main
Pour marquer notre chemin.

Les sept oiseaux du mystère,
Sept flèches aux sept couleurs,
Joignant le ciel à la terre
Mangent le pain du malheur.
Les sept enfants solitaires
Sont perdus dans la forêt
Et le chemin disparaît.

L’aile de la nuit effleure
L’étoile des sept sentiers.
Au fond des bois l’ombre pleure.
Tous les sept, morts à moitié,
Nous avons marché sept heures
Sans pouvoir sortir du bois
Où nous tournâmes sept fois.

Mais je vois une lumière
Entre les branches, qui luit.
Arrivent à la chaumière
Les sept enfants de la nuit.
Une femme singulière
Sept fois nous donne à manger :
L’ogresse va nous loger.

J’ai volé les sept couronnes
Des filles après dîner.
Dans la nuit, l’ogre tâtonne.
Les filles ont nos bonnets.
L’ogre a tué les sept gloutonnes.
Au matin, nous avons fui
L’ogre furieux nous poursuit.

L’ogre marche, l’ogre trotte,
Il fait sept lieues d’un seul pas.
Mais il n’a pas de jugeote.
Fatigué, l’ogre s’abat.
Il s’endort. Je prends ses bottes.
Je suis grand. Je vais, je viens,
Le monde entier m’appartient.

J’ai confisqué ses richesses :
J’ai sept coffres remplis d’or,
J’ai sept quartiers de noblesse,
Sept châteaux et sept trésors.
Puis j’épouse la Princesse ;
A la Cour, je tiens mon rang
Et j’honore mes parents.

Le Petit Poucet
(Jacques Charpentreau, Prête – moi ta plume, 1990)